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Le secours en montagne en France

secours en montagne

1 – Origine. Un peu d’histoire. Deux évènements essentiels.

  • L’épopée tragique de Vincendon et Henry sur le Mont Blanc

Jean Vincendon et François Henry, deux jeunes alpinistes, se mettent en route le 22 décembre 1957 pour gravir le Mont-Blanc par l’éperon de la Brenva (versant italien), voie difficile et sportive gravie seulement à 2 reprises en hivernale. Ils passent leur première nuit au refuge Torino après avoir traversé la Vallée Blanche depuis l’aiguille du Midi. Le 23, ils sont à la cabane de la Fourche à 3684m d’altitude. Le 24, ils font une première tentative qui se solde par un échec. Alors qu’ils redescendent, ils rencontrent l’alpiniste Walter Bonnatti (vainqueur du K2 en 1954) et un lieutenant des chasseurs alpins italiens. Les deux cordées se retrouvent à la cabane de la Fourche ce qui motive les 2 français pour une deuxième tentative, les italiens quant à eux partant sur une autre voie, proche de celle de la Brenva. La journée avançant, Bonnatti rejoint la Brenva pour plus de sécurité et s’aperçoit que Vincendon et Henry sont dans la voie au-dessous de lui, alors qu’ils auraient du être au-dessus. Les 4 hommes sont obligés de bivouaquer sous le sommet en pleine paroi avec une tempête de neige qui dure toute la nuit. Le lendemain, le 26 décembre, Bonnatti aide les français à franchir l’éperon et leur conseille de terminer, comme eux, l’ascension jusqu’au sommet du Mont Blanc pour redescendre coté français et de les retrouver au refuge Vallot. A 400m du sommet, Vincendon et Henry perde de vue la cordée italienne et, épuisés, décident de redescendre directement dans la vallée de Chamonix.  Ils se perdent un peu au-dessous du Grand Plateau. Un ami alpiniste inquiet de ne pas les voir revenir alerte les secours. Un hélicoptère les localise dans la « combe maudite » mais ne peut les récupérer. L’équipage leur lance des vivres et leur demande de remonter sur le Grand Plateau, endroit plus sûr pour un sauvetage. Cela fait déjà 5 jours que les alpinistes sont en perdition dans la montagne et la météo est toujours aussi mauvaise. Les secours terrestres sont toujours impossibles. Le 30, un hélicoptère de l’armée est envoyé vers le Grand Plateau. Le pilote perd le contrôle de l’appareil et se crashe. Les 4 membres de l’équipage sont saints et saufs et arrivent à mettre à l’abri Vincendon et Henry dans la carlingue de l’hélicoptère, avant de rejoindre le refuge Vallot qui se trouve 300m plus haut. Le 1er janvier, le commandement de l’opération estime que les membres de Vincendon et Henry sont gelés, et que l’un des 2 ne peut plus se nourrir tout seul. Le 2 janvier, la météo ne permet pas de vol. Le 3 janvier de nouveaux appareils décollent pour déposer 30 hommes au sommet du dôme du Goûter pour récupérer les malheureux. Mais seule l’équipe rescapée du crash est évacuée, le commandant de l’opération, en accord avec M. Henry, décide l’arrêt de la mission de sauvetage. Vincendon et Henry sont considérés comme déjà morts. Les 2 victimes ne seront descendues que 3 mois plus tard.

La polémique sur le choix des moyens mis en oeuvre et les décisions prises a ébranlé la communauté montagnarde. Le fiasco du sauvetage mit en évidence la nécessité d’une meilleure organisation. Avant, les secours en montagne étaient assurés par des civils, guides, alpinistes, avec l’aide des montagnards du coin, des pompiers et de quelques spécialistes de la Police appelés en renfort. Après cet évènement tragique, par une circulaire de 1958, le secours en montagne fut confié aux moyens de l’Etat, les Gendarmes et les CRS.

  • L’évolution des sapeurs-pompiers

Les sapeurs-pompiers sont longtemps restés à un niveau communal. C’est grâce à leur évolution au niveau départemental qu’ils ont alors pu bénéficier de plus de moyens humains et matériels leur permettant d’intervenir sur des terrains et en des circonstances beaucoup plus étendus.

2 – Les acteurs

Le 6 juin 2011, la circulaire Kihl abroge celle de 1958 et redéfinie l’organisation des secours en montagne autour des trois entités Gendarmerie, CRS et pompiers, selon le plan de secours de chaque département.

  • Gendarmerie

Tous les personnels de la Gendarmerie amenés à exercer leurs attributions dans les territoires de montagne sont formés au CNISAG, Centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la Gendarmerie, à Chamonix.

Les PGHM couvrent les Alpes et les Pyrénées, les PGM couvrent les massifs Vosges, Jura, Massif Central. Les personnels des PGHM et PGM sont interchangeables et peuvent passer de l’un à l’autre au cours de leur carrière. Pour être secouriste en montagne dans la Gendarmerie, il faut être obligatoirement…gendarme. Soit vous êtes déjà gendarme et vous passez les tests de sélection, proches de ceux du probatoire du guide de haute montagne, soit vous êtes déjà un professionnel de la montagne (guide, moniteur de ski, aspirant-guide) et vous devez réussir le concours externe de sous-officier de la Gendarmerie. Comme les secouristes en montagne de la Gendarmerie sont d’abord des gendarmes, ils sont également compétents pour les aspects liés à la police judiciaire.

  • CRS

Les secouristes en montagnes dans la Police Nationale passent par le CNEAS, centre national d’entrainement à l’alpinisme et au ski, à Chamonix. Il faut être d’abord policier et candidater pour devenir agent montagne. Les sélectionnés engageront ensuite leur formation à l’alpinisme été/hiver, canyon, spéléologie. La CRS Alpes et Pyrénées est également compétente sur l’action de police judiciaire.

  • Sapeurs-pompiers

La spécialité montagne est accessible aux volontaires et aux professionnels. Après avoir été sélectionné,  pour intégrer le GMSP (groupe de montagne des sapeurs-pompiers), le pompier pourra entamer son cursus de formation qui au bout de 6 mois à deux ans l’amènera à devenir un « équipier opérationnel ». Ensuite, il passe une spécialisation canyon, milieu enneigé ou glace. En Haute-Savoie, ne sont opérationnels que ceux qui ont suivi les trois spécialisation. Les diplômes sont délivrés par la Sécurité Civile. La spécialité de secours en montagne chez les pompiers n’existe que dans les départements comportant des zones montagne. Lorsqu’un accident se produit en canyon, en rando, escalade hors des zones de montagnes, ce sont les pompiers du GRIMP (Groupe d’intervention en milieu périlleux) qui vont intervenir.

Depuis une dizaine d’années, les femmes sont représentées dans les trois entités du secours en montagne.

  • Fonctionnement

Selon le département dans lequel vous vous situez, parfois du massif ou même de l’altitude, le fonctionnement des secours ne sera pas le même.

Dans chaque département de montagne, le préfet établie la disposition spécifique – organisation de la réponse de la sécurité, DS ORSEC, qui comporte un plan de secours en montagne où sont définies les prérogatives de chaque acteurs. Les Unités de Secours en Montagne (USEM) travaillent soit en unicité, exclusivité (par exemple GMSP dans la Drôme, PGHM à Chamonix), soit en alternance (par exemple Pyrénées Orientales, Isère, Hautes-Alpes, une semaine PGHM, une semaine CRS), soit en mixité (équipes composées d’un gendarme et d’un pompier par exemple en Haute-Savoie, hors massif du Mont Blanc puisque là c’est le PGHM qui a l’exclusivité). Certains départements combinent les 3 modes de fonctionnement selon la zone concernée ou la saison.

  • Les moyens

Aujourd’hui, le moyen privilégié d’intervention des secours en montagne est l’hélicoptère médicalisé. Les USEM disposent pour cela d’hélicoptères de la Sécurité Civile (Jaune et rouge, indicatif « Dragon ») et de la Gendarmerie (Bleu, indicatif « Choucas »). Mais ces hélicoptères ne font pas seulement du secours en montagne, ils peuvent être dédié à d’autres missions. Ils sont donc « armés » en fonction de la mission.

  • Allo, le 112!

Lorsque vous appelez le 112 (lorsque vous avez du réseau…), votre appel va tomber au CTA- CODIS (Centre de traitement de l’alerte-Centre opérationnel départemental d’incendie et de secours) du département dans lequel vous vous trouvez. La première chose à dire c’est que vous avez besoin d’un secours en montagne et l’endroit où vous êtes, et la commune (important donc de savoir sur quelles communes vous évoluez en rando, l’opérateur qui vous répond au CODIS ne connait pas forcément le lac machin-chose à coté duquel vous vous trouvez à 2556m d’altitude…). C’est en fonction de votre position que le CODIS va choisir la bonne USEM avec laquelle vous mettre en relation. Et en fonction aussi de l’USEM qui est d’astreinte évidemment. Une conférence à trois va alors s’engager entre le CODIS, l’USEM concernée et le SAMU. Vous serez en ligne aussi, et des questions pourront vous être posées sur la victime, la météo, le terrain, etc.. Les différents acteurs vont analyser la situation et décider d’intervenir, ou pas, et avec quels moyens. Ensuite vous n’avez plus qu’à attendre. En cas de cas graves ou d’urgences, le processus peut être raccourcit et il peut y avoir un « déclenchement réflexe ».

Une chose importante à souligner, c’est qu’en France les secours en montagne, sur le domaine public, sont gratuit. Nous avons beaucoup de chance!

  • Secours sur le domaine privé, station de ski.

Sur le domaine skiable, ce sont les pisteurs-secouristes qui assurent les secours. Le secours en montagne du service public, donc les gendarmes, CRS ou pompiers, n’interviennent qu’en complément, si la situation dépasse les compétences ou les moyens des services privés de la station (avalanches, médicalisation, etc..). Lors d’un accident sur le domaine privé, c’est le secouru qui doit s’acquitter des frais de secours, des pisteurs et du médecin.

 

Sources :

https://www.montagnes-magazine.com/actus-il-61-ans-affaire-vincendon-henry

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Vincendon_et_Henry

https://www.skipass.com/news/le-secours-en-montagne-en-france.html

La publication a un commentaire

  1. Vincent

    Merci beaucoup pour ton article 🙂

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