Nivologie et météo spécifique au milieu montagnard enneigé

1 - La neige

La neige est un matériau poreux dont la température est toujours inférieure ou au plus égale à 0°C. Mélange d’air et de glace, uniquement à T° négative, on dit alors que la neige est sèche

Cependant, l’air contient de la vapeur d’eau et l’eau est alors présente sous deux de ses phases, gazeuse et solide. Lorsqu’il y a présence d’eau liquide dans la neige, les trois phases de l’eau sont en équilibre thermodynamique et cela se traduit par une T° de 0°C. Neige humide.

En résumé : T°<0°C, neige sèche, mélange air et glace (eau solide) ; T°>0°C, neige humide, mélange air, eau gazeuse, solide, liquide

2 - Formation

La neige résulte du gel de la vapeur d’eau ou de gouttelettes d’eau surfondue d’un nuage sur de minuscules particules présentes dans l’atmosphère (appelées noyaux de condensation), ce qui donne des cristaux de glace. Le gel de la vapeur d’eau sur ces cristaux de glace en mouvement dans le nuage crée des cristaux de neige. Selon les conditions de température et d’humidité, les cristaux de neige grossissent par au moins l’un des trois mécanismes suivants :

  • le gel de la vapeur d’eau, qui cause la formation de plus gros cristaux;
  • le givrage (gel de l’eau surfondue), qui cause la formation de cristaux de neige givrée;
  • la collision avec d’autres cristaux de neige, qui cause la formation de flocons de neige.

Ces trois mécanismes de croissance étant différents, la neige peut être constituée de trois éléments : des cristaux de neige, des cristaux de neige givrée et des flocons de neige, ou de fragments de ceux-ci.

Cas particuliers :

  • la neige roulée : elle se forme à partir des gouttelettes d’eau liquide (et non à partir de la vapeur d’eau) présentes dans le nuage (malgré sa température négative). Ces gouttelettes gèlent sur le cristal de neige à son contact et lui donne un aspect « boursouflé ». La neige roulée (aussi appelée grésil) ressemble aux boules de mimosa. Sa principale caractéristique est son absence de cohésion qu’elle conserve longtemps au sein du manteau neigeux lorsqu’elle est enfouie.
  • le givre de surface : il se forme à la surface du manteau neigeux. Il ne tombe pas du ciel comme la neige, mais pousse comme de l’herbe, lors des nuits froides et par ciel clair, quand l’air est suffisamment humide. Lui aussi n’a pas de cohésion
givre de surface

3 - Les cristaux et grains de neige

Les cristaux et grains de neige sont répartis en 6 familles. Le terme « cristal » n’est utilisé que pour la première famille qui est celle des cristaux de neige fraîche.

Dans les 5 autres cas, on parle de « grains » de neige. Ils constituent un stade plus ou moins avancé de l’évolution de la neige au sol : particules reconnaissables, grains fins, grains à faces planes, gobelets et grains ronds.

3-1 - Les cristaux de neige fraîche

Etoile de neige fraiche

Ce sont les cristaux de neige que l’on peut observer quand il neige par température négative, sans vent. Directement issus des nuages où ils se sont formés, ils n’ont subi aucune transformation. S’ils ont tous une structure de base hexagonale, leur forme peut varier de façon importante. On distingue dix grandes familles dont les plus remarquables sont les étoiles , les plaquettes et les aiguilles ou colonnes . Ces trois familles sont les formes de base à partir desquelles se déclinent les autres.

La plus caractéristique est l’étoile de neige fraîche, avec ses six branches Elle mesure de un à cinq millimètres. Les branches (appelées aussi dendrites) imbriquées les unes dans les autres confèrent aux cristaux de neige une certaine cohésion (ce qui signifie que les cristaux de neige adhèrent les uns aux autres, sont « attachés » les uns aux autres), dite de « feutrage ». Cet enchevêtrement permet à la couche de neige de pouvoir tenir sur des pentes très raides, voire verticales. La cohésion de feutrage est fragile (la neige est poudreuse) et de courte durée (quelques heures à quelques dizaines d’heures). Les autres types de neige fraîche possèdent moins cette cohésion, du fait de leur structure moins dendritique.

Une couche de neige fraîche a généralement une faible masse volumique (50 à 150 kg/m3). Cela est dû au fait qu’elle contient beaucoup d’air : de l’ordre de 90 % de son volume. La grande quantité d’air contenu dans une couche de neige fraîche lui donne une autre importante propriété : son pouvoir d’isolation thermique. En effet, l’air étant un très bon isolant thermique, plus la neige en contient, plus son pouvoir d’isolation thermique est élevé. Une dernière propriété importante de la neige fraîche est son pouvoir réfléchissant des rayonnements solaires (ou albédo). Les cristaux de neige fraîche renvoient 90 % environ du rayonnement solaire qu’ils reçoivent. Ils n’en absorbent par conséquent qu’une très faible partie. Le soleil n’a donc qu’une action de réchauffement très limitée sur une couche de neige fraîche.

ALBEDO : Rapport, généralement exprimé en %, de l’énergie réfléchie par une surface à celle du rayonnement solaire qu’elle reçoit.

3-2 - Les particules reconnaissables

Particules reconnaissables

Elles doivent leur nom au fait qu’en les observant, on peut encore dire de quel cristal elles sont issues, car sa forme est reconnaissable. Typiquement, il s’agira d’une étoile de neige fraîche dont deux ou trois branches seront cassées Leur taille est du même ordre de grandeur que les cristaux de neige fraîche, mais moins homogène.

Une certaine cohésion de « feutrage » subsiste entre des particules reconnaissables. Mais puisqu’il y a moins de branches, il y moins de possibilités d’enchevêtrement . À ce stade d’évolution, on peut également observer des particules plus arrondies et déjà un peu soudées entre elles par de petits ponts de glace, qui confèrent à la couche de neige une cohésion dite de « frittage », faible dans ce cas . Les ponts de glace sont toutefois peu nombreux. Ainsi, même en présence simultanée de ces deux types de cohésion, une neige de particules reconnaissables est une neige très poudreuse, dans laquelle on s’enfonce : la progression n’y sera pas aisée !

Une couche de particules reconnaissables a une masse volumique de 100 à 200 kg/m3. La proportion d’air étant encore importante dans une telle couche, son pouvoir d’isolation thermique est très bon.
Enfin, les particules reconnaissables ont un albedo semblable à celui de la neige fraîche : le soleil n’a donc qu’une action de réchauffement limitée sur une couche de particules reconnaissables.

3-3 - Les grains fins

Les grains fins sont de petites particules (moins de 0,5 mm), plutôt sphériques. Ils sont caractérisés par leur cohésion de « frittage » : de nombreux petits ponts de glace soudent les grains fins à leurs voisins, au niveau de leur point de contact. C’est le type de neige que l’on trouve typiquement dans les corniches et les congères. C’est aussi celle avec laquelle il est le plus facile de découper des blocs avec une pelle ou une scie pour construire un igloo.

Leur masse volumique est assez élevée : 200 à 400 kg/m3. Contenant moins d’air, une couche de grains fins est thermiquement moins isolante. Par contre, son pouvoir réfléchissant des rayonnements solaires est encore élevé, grâce à la petite taille des grains. Le soleil (surtout en plein hiver où il « tape » moins fort qu’au printemps) aura de la peine à réchauffer une couche de grains fins.

3-4 - Les grains à faces planes

Ce sont des grains anguleux qui présentent, comme leur nom l’indique des faces planes, mais aussi des angles marqués. Leur taille est de l’ordre du millimètre, parfois un peu plus et la masse volumique d’une couche de « faces planes » est environ de 250 à 350 kg/m3. Leur albedo est plus faible que dans les cas précédents (surtout en raison de leur taille plus importante).

Par contre, leur principale caractéristique physique et différence avec les cristaux et grains vus plus haut est l’absence de liaisons avec leurs voisins : la cohésion d’une couche de grains à faces planes est très faible, voire nulle. Quand on prend des « faces planes » dans la main, ils coulent entre les doigts, comme du sucre en poudre.

3-5 - Les gobelets

Gobelets

Les gobelets sont également des grains anguleux . Ils se présentent sous forme de pyramides striées, généralement creuses et peuvent mesurer plusieurs millimètres.
Ils ont globalement les mêmes caractéristiques physiques que les grains à faces planes, en particulier l’absence de cohésion entre les grains. Ils auront de ce fait le même comportement mécanique (ils faciliteront le glissement des couches de neige supérieures)

3-6 - Les grains ronds

Les grains ronds se distinguent de tous les autres, car ils sont caractéristiques de la neige humide (ou mouillée, qui contient, ou a contenu, de l’eau liquide dans les espaces entre les grains), alors que les cas précédents correspondent à la neige sèche (les espaces entre les grains ou cristaux ne contiennent que de l’air). Ils sont généralement sphériques, lisses et font parfois plusieurs millimètres de diamètre .

La masse volumique d’une couche de grains ronds est élevée : 350 à plus de 500 kg/m3. À cause de leur grande taille, leur albedo est faible : ils absorbent une part importante de l’énergie solaire et se réchauffent donc vite en plein soleil (dégel d’une couche de neige de printemps superficielle de 30 cm d’épaisseur en quelques heures).

La cohésion d’une couche de grains ronds est variable et de deux types :

  • Si l’eau présente entre les grains est liquide et en faible quantité, elle a tendance à maintenir les grains les uns contre les autres (effet de ventouse) : on parle de cohésion capillaire.
  • Par contre si la quantité d’eau liquide augmente, elle a un effet inverse : elle fait perdre à la neige sa cohésion. La neige devient pâteuse (« soupe »).
  • Par contre, si cette eau gèle, elle va souder très fortement les grains ronds les uns aux autres. La neige sera alors très dure (et souvent glissante) : on parle de croûte de regel. La cohésion est donc qualifiée elle aussi « de regel ». C’est la plus résistante des quatre cohésions que nous avons vues.

4 - Les différents types de cohésion

Les types de cohésion en résumé :

  • cohésion de « feutrage » = les cristaux de neige fraiche, et, dans une certaine mesure, les particules reconnaissables;
  • cohésion de « frittage » = les particules reconnaissables, dans une certaine mesure, les grains fins
  • cohésion « capillaire » = les grains ronds si eau en faible quantité
  • cohésion de « regel » = les grains ronds si quantité d’eau importante et que celle-ci gèle.
  • Aucune cohésion = les grains à faces planes, les gobelets, les grains ronds si quantité d’eau importante et pas de gel. On peut rajouter la neige roulée, et le givre de surface.

5 - La transformation de la neige au cours de sa chute

La neige peut déjà faire l’objet de transformations qui expliquent que lorsqu’elle arrive au niveau du sol, elle peut ne plus ressembler aux cristaux de neige fraîche.
Le vent a une action destructrice sur les cristaux de neige. En soufflant, il provoque des chocs de cristaux les uns contre les autres. Ces chocs peuvent être suffisamment forts pour casser les parties les plus fragiles des cristaux de neige fraîche (branches d’étoile, aiguilles, etc.).

De même, si au cours de sa chute, le cristal rencontre une température positive, il peut commencer à fondre et donc à perdre sa forme originelle. La neige qui arrive au sol est donc humide et ne ressemble plus au cristal de départ

6 - Les facteurs de transformation de la neige au sol

Tout au long de l’hiver, les chutes de neige s’accumulent sur le sol puis les unes sur les autres et constituent le manteau neigeux : un empilement de couches de neige sur le sol. Chacune d’elles, plus ou moins épaisse, va ensuite évoluer, se transformer puis disparaître en fondant. Ces transformations se produisent sous l’effet de facteurs mécaniques et thermiques.

  • Les facteurs mécaniques :

Le vent a le même type d’action qu’au cours de la chute de neige, mais il concerne la neige qui est à la surface du manteau neigeux . En effet, le vent peut, s’il est assez fort, arracher les cristaux ou grains de neige de la surface du manteau neigeux et les transporter plus loin. Au cours de ce transport et au moment du dépôt, les chocs entre cristaux et grains brisent les parties les plus fragiles. La neige transportée par le vent acquiert une cohésion de frittage qui peut être importante.

Par ailleurs, au cours d’une chute de neige, les cristaux arrivés les premiers sont peu à peu recouverts par les suivants, qui ont un certain poids. Si ce poids est suffisant, il peut casser les parties plus fragiles des premiers cristaux, de la même façon que le vent.

  • Les facteurs thermiques :

Une couche de neige peut être caractérisée par la température de la neige à son sommet, par celle de la neige à sa base (le plus souvent moins froide) et par son épaisseur. Le gradient de température est le rapport entre la différence de température entre le sommet et la base de la couche, et l’épaisseur de cette couche de neige. Un faible gradient signifie que la température ne varie presque pas quand « on se déplace » verticalement dans la couche, alors qu’un fort gradient signifie que la température varie très rapidement.

On distingue deux grands types de transformations (appelées aussi métamorphoses). La métamorphose de faible gradient (< 5°C/m) a pour conséquence d’arrondir les grains, de réduire leur taille et de donner une cohésion de frittage à la couche concernée. La métamorphose de moyen (entre 5 et 20°C/m) et fort gradient (> 20°C/m): ses effets sont exactement opposés à la précédente. Des angles se forment sur les grains, qui deviennent donc anguleux (grains à faces planes, gobelets), la taille des grains ne diminue pas et peut augmenter. La couche de neige qui en résulte n’aura plus qu’une très faible cohésion, voire aucune cohésion.

Exemple :

Vous avez une couche qui mesure 50cm d’épaisseur (la mesure s’effectue sur la dernière couche et non sur l’ensemble du manteau neigeux). La T° à son sommet est de -10°C, la T° à sa base est de -1°C. Il y a donc 9°C de différence de T° entre le sommet et la base. 9°C/0,5m=18°C/m. Cette valeur se situe entre 5°C/m et 20°C/m. On a donc une métamorphose de moyen gradient. Les grains présents dans la couche étudiée, qui sont des particules reconnaissables vont se transformer en grains à faces planes. Cela nous indique que cette évolution va vers la création d’une couche fragile sans cohésion, qui va rester dans le manteau neigeux toute la saison, puisque cette transformation est irréversible.

Par ailleurs, l’eau (sous forme liquide), qu’elle provienne de la fonte de la neige ou de la pluie, qui s’infiltre entre les grains de neige d’une couche a pour effet de les arrondir et d’en augmenter la taille, au fur et à mesure des cycles gel-dégel

7 - Les métamorphoses de la neige

La neige n’est pas un matériau inerte. De sa chute à sa fonte, elle ne cesse de se transformer sous l’effet des conditions météorologiques (qui, entre autre, influencent le gradient de température). Les cristaux et les grains se modifient, évoluent et passent d’une forme à une autre. Après avoir vu les différents facteurs à l’origine des transformations, voyons-en maintenant l’ordre.

  • Les métamorphoses de la neige sèche :

La neige sèche est la neige qui ne contient pas d’eau sous forme liquide. Elle englobe les cinq premières familles de cristaux et grains vus plus haut. Pendant ou après une chute de neige, le vent casse les parties fragiles des cristaux. Il transforme donc les cristaux de neige fraîche en particules reconnaissables, voire en grains fins. Le poids des couches aura le même type d’effet, mais son influence s’arrêtera au stade de particules reconnaissables. La suite des métamorphoses se passera exclusivement sur le sol. Le devenir des particules reconnaissables va dépendre de la valeur du gradient de température de la couche concernée :

par faible gradient, elles vont se transformer en grains fins ;
par moyen gradient, elles vont se transformer en grains à faces planes ;
par fort gradient, elles se transformeront en grains à faces planes (passage intermédiaire obligé) puis en gobelets.

Ces transformations sont irréversibles : il n’y a pas de retour en arrière possible.

La dernière transformation de la neige sèche concerne les grains fins. Quand une couche de grains fins est soumise à un moyen (ou fort) gradient de température, ces grains peuvent se transformer en grains à faces planes (ou en gobelets), à une condition : que la masse volumique des grains fins de départ soit inférieure à 300-350 kg/m3. Dans le cas contraire, la trop faible quantité d’air dans la couche de neige ne permet pas l’établissement d’un gradient moyen ou fort.

La transformation grain fin – face plane est réversible : des grains à faces planes soumis à un faible gradient peuvent s’arrondir et donner des grains fins.

La neige roulée et le givre de surface ont un comportement particulier : ils sont insensibles aux métamorphoses de la neige sèche.

  • Les métamorphoses de la neige humide

Le facteur qui intervient dans ce cas est unique : l’eau sous forme liquide. Le résultat de ce type de métamorphose aussi : le grain rond. Par contre, tous les grains sont concernés (sauf les cristaux de neige fraîche, qui se transforment en fait quasi-immédiatement en particules reconnaissables). On remarquera que pour les trois derniers cas, la métamorphose de la neige humide est la seule transformation possible. Le grain rond est donc le dernier stade d’évolution de la neige, avant sa disparition par fonte.

Le manteau neigeux

Les chutes de neige successives s’accumulent tout au long de la saison pour constituer ce que l’on appelle le manteau neigeux. Sa composition n’est pas figée une fois pour toutes. En effet, dès que la neige se dépose au sol, et même parfois en cours de chute, elle commence à se transformer selon des phénomènes physiques en relation avec les conditions météorologiques. Ces modifications de forme et de taille, peuvent avoir de multiples causes : nouvelles chutes, vent, refroidissement ou réchauffement de l’air, répartition verticale de la température dans la neige, etc. Le résultat en est un manteau stratifié, sorte de millefeuille composé de couches correspondant à chacune des chutes de l’hiver. Selon les caractéristiques de ces couches et la façon dont elles sont empilées, le manteau neigeux peut être stable ou instable, ce qui peut dans ce dernier cas occasionner des avalanches spontanées ou faciliter leur déclenchement.

1- Les différents types d'avalanches

On distingue deux grands types de déclenchement d’avalanche, selon le facteur déclenchant :

  • les départs spontanés, dont les causes sont le plus souvent liées à des facteurs météorologiques (chutes de neige, accumulation par le vent, pluie ou réchauffement important) ;
  • les déclenchements provoqués, pour lesquels le facteur déclenchant est une sur- charge locale, comme le passage de skieurs ou de piétons, une chute de corniche ou de sérac ou encore un tir d’explosif utilisé pour déclencher préventivement les avalanches. Les conditions météorologiques influent peu ici, c’est la qualité de la neige, l’empilement des couches constituant le manteau neigeux qui permettent son déclenchement.

Plusieurs termes sont utilisés pour décrire différents types d’avalanches ; soit selon le type de neige mise en cause dans le mouvement initial (avalanche de neige récente ou avalanche de neige humide), soit selon la forme de la cassure en particulier pour l’avalanche de plaque. Mais la réalité est souvent complexe, et au cours de son trajet une avalanche peut changer de caractéristiques. Les départs spontanés d’avalanche peuvent être de tout type ; par contre les déclenchements provoqués se produisent presque exclusivement sous forme d’une avalanche de plaque de neige sèche.

1-1 - L'avalanche de neige récente

La neige mise en mouvement est peu évoluée, sèche ou légèrement humide de faible cohésion (cohésion de feutrage, fragile et de courte durée, comme nous l’avons vu plus haut) voire pulvérulente. Sa masse volumique est le plus souvent inférieure à 200 kg/m3.

Les avalanches spontanées se produisent pendant ou peu après les chutes de neige. Par contre, le risque de déclenchement par le skieur peut persister quelques jours.

Ces avalanches se caractérisent soit par un départ ponctuel, soit par une cassure linéaire. Les cassures linéaires concernent une neige dont la cohésion est faible mais suffisante pour se comporter initialement comme une plaque friable.

Ce dernier type de déclenchement d’avalanche provoque beaucoup d’accidents. Il est d’autant plus dangereux que l’aspect poudreux de la neige de surface ne donne pas l’impression d’un matériau pouvant subir une fracture linéaire (comportement de plaque).

Son écoulement et son ampleur dépendent de plusieurs facteurs : quantité de neige mobilisable, qualité (sèche, humide), température et densité de la neige, topographie (nature du sol, déclivité, longueur de la pente).

Leur écoulement se fait soit en surface comme un fluide dense soit sous forme d’aérosol, mélange de neige et d’air (avalanche de poudreuse). Les plus grosses d’entre elles, qui déferlent à très grande vitesse (jusqu’à 200 à 300 km/h) peuvent provoquer d’énormes dégâts. La zone de dépôt de ces avalanches de poudreuse est parfois difficilement détectable car elle s’étend sur une vaste superficie.

1-2 - L'avalanche de plaque dure

La rupture initiale concerne une neige de bonne cohésion, d’une masse volumique de 200 à 400 kg/m3.

La cassure, toujours très nette, se propage rapide- ment suivant une ligne brisée. L’instabilité de ces plaques tient essentiellement à la présence d’une sous-couche fragile. Leur équilibre précaire peut être rompu sous l’effet d’une faible surcharge.

Une variété de plaques, dites plaques à vent, se forme sous l’action du vent pendant ou après une chute de neige. Brisés par le vent, les cristaux sont réduits en fines particules qui, en se déposant au sol, prennent rapidement une bonne cohésion (grains fins, cohésion de frittage). Ce qui explique également la formation des corniches au voisinage des crêtes.

Les zones d’écoulement et d’arrêt de ces avalan- ches sont parsemées de blocs tabulaires de neige dure

1-3 - L'avalanche de neige humide (ou de fonte)

Ce type d’avalanche est directement lié à la présence d’eau liquide (fonte superficielle, pluie, etc.). La neige « mouillée » a une masse volumique élevée (350 à 500 kg/m3 en moyenne). Ces avalanches se produisent sous l’effet du rayonnement solaire ou lors de réchauffements importants, accompagnés ou non de pluie. Les plus typiques des avalanches de neige humide sont les avalanches de printemps qui se produisent dans les pentes bien ensoleillées. Elles peuvent intéresser des versants ou être canalisées dans d’étroits couloirs. Les vitesses sont relativement faibles, de l’ordre de 20 à 60 km/h, mais ces avalanches ont un grand pouvoir d’érosion et, pour les plus importantes, une grande puissance dévastatrice. Les dépôts, parfois de plusieurs mètres d’épaisseur, sont constitués de blocs informes de neige très dense.

2- Prévenir le risque

Observer et mesurer

  • il existe 150 postes d’observation situés entre 1000m et 2500m d’altitude. C’est la mission des personnels des services des pistes des stations de ski. Ils collectent 2 fois par jour les informations suivantes : nuages, vent, températures et précipitations, épaisseur et qualité de la neige fraîche, hauteur totale de neige au sol, phénomènes de chasse-neige sur les crêtes et avalanches observées. Ils réalisent aussi des sondages hebdomadaires du manteau neigeux, pour en évaluer la stabilité, en repérant les différentes couches de neige superposées selon leur dureté, leur température, leur masse volumique et leur humidité.
  • 28 stations automatiques étagées entre 1 700 et 3 000 m d’altitude apportent un complément d’informations indispensables grâce à des mesures horaires du vent, de la température et de la hauteur de neige en altitude. 

 

Analyser, prévoir et diffuser l’information

C’est la mission des centres météorologiques montagne de Météo-France. Huit centres collectent et analysent les données fournies par le réseau, puis élaborent et diffusent les bulletins de prévision du risque d’avalanche sur les massifs de leurs départe- ments : Chamonix (74), Bourg-Saint-Maurice (73), Saint-Martin d’Hères (38), Briançon (05, 04 et 06), Perpignan (66 et Andorre), Toulouse (31 et 09), Tarbes (65 et 64), Ajaccio (20).

Ils entretiennent également le réseau nivo-météorologique, effectuent des mesures complémentaires sur le terrain et expertisent les accidents par avalanche. Deux centres, Saint- Martin-d’Hères (Alpes) et Tarbes (Pyrénées) ont une responsabilité particulière de mise en vigilance lorsque le risque d’avalanche devient très sévère et préoccupant pour la sécurité des personnes et des biens.

Au sein de Météo-France existe également un Centre d’Etude de la Neige qui mène des missions de recherche et de développement pour les outils d’aide à la prévision du risque, l’étude de l’effet du changement climatique sur l’enneigement.

3- L'échelle européenne de risque d'avalanche

Elle comporte 5 indices correspondant à 5 niveaux de risque basés sur l’accentuation et l’extension géographique de l’instabilité du manteau neigeux.

L’échelle est cotée de 1 à 5 (le risque zéro n’existant pas). Chaque indice caractérise l’état de stabilité du manteau neigeux avec en corollaire l’activité avalancheuse prévue en terme quantitatif (rares, quelques, nombreuses). La probabilité de déclenchement provoqué par le skieur (le surfeur ou le raquettiste) croît avec la valeur des indices. Pour les indices 1, 2, 3 et 4, on distingue les départs spontanés des déclenchements provoqués. En risque de niveau 5, l’instabilité est telle que cette distinction n’est plus nécessaire.

4 - Le bulletin d'estimation du risque d'avalanche

Des bulletins quotidiens très complets, les bulletins d’estimation du risque d’avalanche (BRA), sont diffusés durant la période à risque. Rédigés vers 16 h, ce sont des prévisions jusqu’au lendemain soir. Ils couvrent les zones de relief de tous les départements des Alpes, des Pyrénées et de la Corse, divisées en massifs de quelques centaines de kilomètres carrés.

Ce qu’il ne faut absolument pas faire : se fixer un seuil chiffré de niveau de risque d’ava- lanche pour unique critère de décision et se dire: «En 2, je vais partout. En 4, je ne sors pas » (référence « échelle du risque d’avalanche »).

Ce qu’il est recommandé de faire : prendre connaissance de l’intégralité du BRA et ne pas s’en tenir au seul indice chiffré.

Sources : Météo-France. Vous pouvez trouver toutes les information ci-dessus sur la brochure « Guide avalanche 2022 »