Mémento Économie, habitat, vie soc.

 

Agriculture en montagne

AOP : appellation d’origine protégée. 1992 par la CE.  « Dénomination d’un produit dont la production, la transformation, et l’élaboration doivent avoir lieu donc une aire géographique déterminée avec un savoir-faire reconnu et constaté ».

Alpage : pâturage de montagne où les troupeaux de bovins, ovins et caprins sont amenés essentiellement en été pour profiter de l’herbe. Dans les Pyrénées et le Massif central c’est l’estive. Période de l’année où les troupeaux paissent dans ce pâturage.

Pâture : ce qui sert de nourriture pour les bêtes. Lieu ou croit la nourriture des animaux qui paissent.

Pré de fauche : pré ou prairie avec culture de plantes fourragères (graminées légumineuses) destinées à être fauchée.

Pâturage extensif ou prairies humides : habitat plus riche en biodiversité entretenue par les herbivores mais avec une pression de pâturage modérée et contrôlée.

Élevage extensif : méthode d’élevage caractérisée par une faible densité de chargement d’effectif d’animaux par hectare (pâturage extensif)

Agriculture intensive : système de production agricole fondée sur l’augmentation de la production agricole optimisée par rapport à la disponibilité des moyens (humains matériels fonciers). Dans un système traditionnel les ressources humaines sont nombreuses mais les matériels et le foncier sont rares. L’investissement humain est donc maximal. Dans un système moderne c’est l’inverse.

Zone de montagne : cette définition se donne principalement selon déconsidérations agricoles. Cette appellation est voulue par la politique d’aménagement du territoire. Ce zonage est hérité de la loi montagne de 1985 permettant en particulier l’allocation des aides compensatoires aux handicaps naturels agricoles. Une zone de montagne se caractérise par des handicaps significatifs entraînant des conditions de vie plus difficile et restreignant l’exercice de certaines activités économiques.

Trois critères :

– conditions climatiques se traduisant par une période de végétation raccourcie

– fortes pentes

– ou une combinaison de ces deux facteurs

Polyculture vivrière : s’oppose à la polyculture commerciale. Culture en vue de la consommation des locaux.

Rendement : ratio entre le résultat obtenu et le nombre d’outils nécessaires à son efficacité.

Race rustique : qui ne craint pas les intempéries, robuste et résistante. Race autochtone.

 

Tourisme en montagne

Tourisme montagnard estival/hivernal

Le tourisme montagnard nait à la fin du XVIIIe début du XIXe siècle. La montagne est vue à ce moment-là comme une « réserve de santé ». Surtout pour l’aristocratie. Jusqu’au début du XXe siècle le tourisme de montagne est essentiellement estival. Après la deuxième guerre mondiale dans les années 60 à 80 l’État stimule le développement des grandes stations de ski.

Aujourd’hui, on assiste à l’augmentation de la croissance touristique et à l’évolution de la clientèle grâce à l’aménagement et à la réduction du temps de travail (congés payés en 1936, 35 heures).

Tendances :

– augmentation des cours séjours

– recherche de tarifs compétitifs

– demande de loisirs plus diversifiées

– exigences de qualité

– augmentation du tourisme éthique

– augmentation des préoccupations de sécurité avec l’obsession du risque zéro.

Le secteur du tourisme en montagne a du se transformer pour répondre à une concurrence et une demande de qualité accrues.

Il faut maintenant dépasser l’alternative entre l’aménagement ravageur et l’intégrisme écologiste prendre en compte d’autres approches essentielles.

Le tourisme de montagne est en étroite relation avec les autres secteurs qui font vivre les massifs : agriculture, artisanat, commerce, transports, services publics, culture.

En montagne, l’investissement touristique est d’un coût beaucoup plus important que sur le littoral.

En France, montagne = 23 % du territoire, 10 % du tourisme national, 120 000 emplois, 9 milliards d’euros de chiffre d’affaire.

Le domaine skiable = 1 % du territoire montagnard

Aujourd’hui, les recettes d’été sont supérieures à celles d’hiver (5 milliards d’euros contre 4 milliards d’euros). Avant c’était l’inverse, ce qui veut dire que l’aménagement de la montagne s’est fait à partir de l’activité économique prédominante à savoir le ski.

Les remontées mécaniques représentent 20 % des recettes du tourisme d’hiver.

5600 accompagnateurs en montagne

1280 guides de montagne

12 000 moniteurs de ski

18 000 employés de remontées mécaniques

27 000 employés de l’hôtellerie restauration

La montagne est la quatrième destination de vacances après la ville, la mer, la campagne.

Répartition des séjours = visite de monuments et musées (34,2 %), promenade (32,2 %), randonnée pédestre (19,6 %), ski (17,7 %), ski de fond (4,2 %).

 

Randonnée pédestre :

Activité de plein air qui s’effectue à pied en suivant un itinéraire, balisé ou non, seul ou en groupe. C’est à la fois un loisir de découverte et une forme d’exercice physique, facilement accessible et praticable. Sa durée est extrêmement variable : promenade, randonnée à la journée, grande randonnée de plusieurs jours, trekking dans des destinations lointaines. Le degré de préparation et le matériel nécessaires ne sont pas les mêmes en fonction du milieu et de la difficulté de l’itinéraire, et de la durée.

C’est au xixe siècle que la randonnée au sens où nous la connaissons apparaît.

En France, la randonnée est un sport de nature au sens de l’article L311-1 du Code du sport.

 

Exploitation forestière

Forêt domaniale : fait partie du domaine privé de l’État. Origine édit de moulin de 1566. Gérée par l’ONF, parfois par les parcs nationaux, en application du code forestier, gestion rigoureusement encadrée. Les recettes des forêts domaniales servent au fonctionnement de l’ ONF.

En France il y a 1300 forêts domaniales ce qui représente 1 800 000 ha, soit 10% de la forêt française de métropole (forêt=28% du territoire français). Etat est le 1er propriétaire forestier.

Les plus grandes : Orléans 34 700 ha, Chaux (jura) 20 493 ha, fontainebleau 20 272 ha.

Forêt communale : fait partie du domaine privé d’une commune. Gérée par l’ONF (à la demande de la commune). 11 500 communes forestières surtout dans l’Est. 3 millions ha, 15% forêt française de métropole.

Forêts privées : forêt possédée par des particuliers. 3/4 des surfaces forestières en France, soit 75 % de la forêt française. 11 millions d’hectares sur les 15 millions d’hectares de la forêt française.

Forêt française = 28 % du territoire.

3,5 millions de forestiers privés, les deux tiers d’entre eux possèdent moins de 1 ha.

ONF : établissement public à caractère industriel & commercial, créé en 1964. Sous tutelle du ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, et du ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie.

Action dans le cadre d’un contrat pluriannuel d’objectifs et de performance avec l’Etat et la Fédération nationale des communes forestières. Il assure la gestion durable des forêts publiques françaises, soit près de 10 Mha de forêts et espaces boisés en France métropolitaine et dans les DOM.

Premier gestionnaire d’espaces naturels en France.

mobilise du bois pour la filière (environ 40% du bois d’œuvre mis sur le marché en France) en assurant le renouvellement des forêts publiques et le bon entretien de leurs peuplements

• agit pour préserver et augmenter la biodiversité, grâce à sa prise en compte dans la gestion courante des forêts, mais aussi grâce à l’importance du réseau Natura 2000 en forêt publique, et l’extension de son réseau de réserves biologiques

• offre des forêts accueillantes au plus grand nombre, en s’adaptant aux attentes diversifiées du public et aux différents contextes (forêts périurbaines, zones touristiques), tout en sensibilisant aux missions d’entretien et de renouvellement des forêts ainsi qu’à la préservation de la biodiversité

• effectue des prestations de service pour les collectivités et des clients privés en s’appuyant sur une organisation territoriale déconcentrée, des agences travaux, des bureaux d’études et des réseaux de compétences spécialisés

• assure des missions de service public pour la prévention et la gestion des risques naturels, et la préservation de la biodiversité

• agit pour dynamiser le rôle de la forêt et des « produits bois » au service de la lutte contre les changements climatiques.

9 délégations territoriales, cinq directions régionales, 50 agences, 300 unités territoriales, pilotées par le siège.

Responsable de la restauration des terrains de montagne (RTM): reboisement, ré-engazonnement, restauration de l’humus pour diminuer les risques et favoriser le retour de la flore.

Forêt primaire : forêt intacte, originelle, à haut degré de naturalité, jamais exploitée, ni fragmenter, ni influencé par l’homme. Toutes les forêts anciennes ne sont pas primaires. Les forêts primaires sont de plus en plus rares.

Futaie : bois ou forêt composés de grands arbres adultes issus de semis (≠taillis)

Taillis : est un peuplement d’arbres issu de la reproduction asexuée ou reproduction végétative d’une souche, où plusieurs bourgeons latents ont pu se développer après avoir reçu un apport massif de sève brute, donnant ainsi plusieurs tiges nouvelles, strictement semblables à l’arbre de départ.

Futaie jardinée : une futaie jardinée est une futaie irrégulière (plusieurs classes d’âge et/ou d’essences) caractérisée par un mélange pied par pied d’arbres de toutes dimensions. Sa gestion consiste à prélever périodiquement l’accroissement de manière à conserver un volume de bois sur pied constant et à conserver une structure d’âge équilibré (développement durable). C’est toujours une forêt gérée par l’homme même si ça a l’air naturel. C’est une forêt qui n’est jamais mise à nu contrairement aux forêts des Landes ou aux futaies de pins.

La futaie jardinée permet d’obtenir des revenus réguliers par des récoltes périodiques et progressives en optimisant le potentiel de chaque arbre. Particulièrement adaptée aux essences d’ombre comme le hêtre, le sapin blanc, l’épicéa.

Nécessite une gestion intensive, un suivi constant, une habileté technique.

Futaie régulière : futaie composée d’arbres du même âge, une seule essence éventuellement (mono-spécifique), issue de plantation ou d’une régénération naturelle.

Plantation : exploitation agricole en monoculture de culture à forte valeur économique destinée à la vente vers des marchés internationaux.

Coupe à blanc ou coupe rase : abattage de la totalité des arbres d’une parcelle d’une exploitation forestière.

C’est la gestion financière la plus avantageuse à court et moyen terme. Facilité de mise en œuvre et de débardage, personnel moins nombreux et moins qualifiés, importante mécanisation. Reboisement facilité sur un sol plus facile à préparer et débarrassé des obstacles.

Mais points négatifs : coût d’investissement important, perturbation brutale et anormale de l’écosystème, compactage et érosion des sols défavorables à la bonne régénération naturelle et à l’ancrage des arbres plantés

Régénération naturelle : faculté d’un écosystème forestier à se reconstituer spontanément après destruction. Multiplication végétative ou germination de graines.

Pré-bois : prairie où se trouvent des arbres disséminés ou groupés, exploitée comme pâturage et pour la production de bois.

Déforestation : phénomène de régression des surfaces couvertes de forêts . Résulte du déboisement, défrichement, extension des terres agricoles, exploitation excessive de certaines essences. Disparition permanente d’une forêt. Au cours du XX° siècle, 1/2 des forêts de la planète a disparu. Déforestation naturelle à cause des maladies, champignons, insectes phytophages.

Conséquences : sols lessivés, impact sur la biodiversité, destruction d’habitat, influence sur la pluviométrie, le climat, les population locales.

 

Habitat montagnard

Habitat dispersé/groupé : Un des deux types d’habitat humain en milieu rural, résultant généralement des activités agricoles et de la géographie. L’habitat est qualifié de dispersé quand la majeure partie de la population d’une zone donnée (terroir ou village) habite soit dans des hameaux soit dans des fermes isolées. Au contraire, dans l’autre type d’habitat rural – l’habitat concentré (ou groupé) – la population s’implante préférentiellement autour d’un bourg principal.

Habitat de montagne (matériaux de construction, fonction de protection de l’habitat, fonctions agro-pastorale) :

La première spécificité de l’habitat de montagne est d’être adapté aux activités agro-pastorales.

Après avoir vécu de cueillette et de chasse, les hommes ont appris à cultiver quelques parcelles et à élever des troupeaux de chèvres, de moutons ou de vaches, fournissant viande, lait, beurre et fromage. Le froid, l’altitude, la pente et la mauvaise exposition au soleil de certains versants rendent l’agriculture particulièrement difficile. Les terres arables de fond de vallée ne suffisant pas, les hommes ont appris à conquérir les alpages, utilisant chaque parcelle libérée par la fonte des neiges. C’est ainsi que s’est mise en place une économie agro-pastorale basée sur le principe des ‹‹remues››, où les hommes et leur troupeaux se déplacent à chaque saison d’une altitude à une autre.

L’architecture est adaptée à ce cycle des ‹‹remues››, qui nécessite la construction de plusieurs bâtiments, à des altitudes diverses, plus ou moins utilisés pendant l’année. Nous parlerons d’habitation principale, ou d’habitation permanente pour désigner la maison du bas, et nous parlerons de chalets d’alpage pour désigner les bâtiments du haut, utilisés de façon saisonnière.

L’architecture de montagne prendra des allures différentes selon l’altitude et la durée de son utilisation. Elle variera aussi selon les modes de regroupements adoptées pour protéger les hommes, les animaux et les récoltes. Les spécialistes parlent de maisons concentrées, lorsqu’il y a regroupement sous le même toit du logement des hommes et de celui des bêtes et du fourrage. Ils parlent au contraire de maisons dissociées, lorsque ces trois fonctions se trouvent séparées dans des bâtiments indépendants. Ces différents types se rencontrent en Pays de Savoie. La partie habitation est toujours plus petite que la partie agricole. La grange représente toujours le volume le plus grand, destiné au stockage de tout le fourrage nécessaire à la nourriture du troupeau pendant l’hiver.

La deuxième spécificité de l’architecture en montagne réside dans son adaptation à une nature particulièrement hostile. L’habitat se doit d’être particulièrement protégé des risques naturels et des intempéries. Nous retrouvons ici la notion de refuge, bien connue des randonneurs en montagne.

Les risques naturels sont nombreux en altitude. Il ne se passe pas d’année sans glissement de terrain, inondation ou avalanche. Par une observation attentive, les hommes ont appris à reconnaître les terrains les plus stables et les plus abrités. Ces sites sont propices à l’établissement des cultures et à l’édification des maisons souvent regroupées en hameaux.

L’habitat est conçu pour résister aux intempéries. Cette fonction importante donne aux maisons et aux chalets des formes typiques : bâtiments calés dans le relief existant, petites fenêtres, immenses volumes de stockage de foin sous toiture formant matelas isolant contre le froid. La protection contre le vent et la neige est toujours assurée de façon efficace par les murs et la toiture, mais prend des formes très différentes selon les matériaux disponibles et les habitudes locales.

Outre la prise en compte des risques naturels, le choix d’un site de construction dépendra de la proximité des chemins d’accès, de la disponibilité en ressources naturelles (bois, pierres, eau), et de la position du terrain par rapport aux parcelles à exploiter. L’histoire politique ou économique permet aussi d’expliquer certains établissements humains : proximité de grandes voies de communication, gués, dépendances d’un château ou d’une abbaye, …

Les principaux modes de construction :

La montagne, pays de forêts et de rochers, fournit deux matériaux principaux de construction, le bois et la pierre.

Le bois est abondamment utilisé dans les Alpes du Nord, comme dans tous les pays d’Europe Centrale et du Nord autrefois recouverts de forêts. De cette abondance et d’habitudes culturelles, va découler la construction typique des architectures de bois, très implantées dans le nord de l’arc alpin, en Autriche, en Suisse, et dans le nord des pays de Savoie, ce qui correspond aujourd’hui à la Haute-Savoie et au Beaufortain.

La pierre est l’autre matériau fondamental de construction. La montagne en regorge. La complexité géologique engendre une extraordinaire diversité des pierres, roches sédimentaires (telles le calcaire), roches magmatiques (telles le granite), ou roches métamorphiques (telles les schistes). Toutes ces pierres ont été utilisées pour la construction et se classent en fonction de leur capacité à être taillées (pierres calcaires), débitées (lauzes ou ardoises) transformées (cuisson du gypse et du calcaire pour produire le plâtre, la chaux et le ciment) ou simplement empilées (moellons irréguliers).

A ces matériaux de base il faut ajouter la terre employée sous forme d’argile crue ou cuite, permettant de fabriquer des murs de pisé ou des tuiles de couverture, et le chaume, résidu de la culture du seigle, abondamment utilisé autrefois comme matériau de couverture.

* Les structures en bois :

Les maisons les plus simples sont construites par empilage de troncs sommairement équarris, et assemblés à mi-bois aux angles de la construction. Ces assemblages sont renforcées par des poteaux verticaux pour rigidifier la structure. Cette technique très consommatrice de bois est caractéristique de l’architecture des régions très boisées. On la retrouve en Haute-Savoie et dans le Beaufortain.

Une technique plus élaborée consiste à réaliser une charpente assemblée composée de poutres et de poteaux contreventés (consolidés pour résister aux poussées du vent), entre ou contre lesquels sont insérées des planches. Cette technique nécessite le débitage de planches, travail fastidieux qui était réalisé autrefois à la main par les ‹‹scieurs de long››. Elle est employée pour la fermeture non jointive des espaces de granges. Ce système, appelé mantelage en Haute-Savoie, permet d’assurer une bonne ventilation du foin, pour compléter son séchage et éviter sa fermentation. En Chablais et en Faucigny, ces mantelages sont décorés de trous d’aération représentant des motifs variés, croix, fleurs, rosaces, cœurs, ou date de construction de la maison.

Dans l’Arvan-Villard (au Sud de Saint Jean de Maurienne), la rareté du bois a conduit les habitants à utiliser des branches de verne tressées pour fermer les espaces des granges tout en permettant leur ventilation.

* Les maisons en pierre :

Dans le sud de la Savoie, la technique de construction la plus utilisée est celle qui consiste à assembler des pierres, le plus souvent irrégulières, ramassées sur place. Les murs les plus sommaires se tiennent par leur propre poids, sans mortier de liaison. C’est le cas des murs de soutènement, des murets formant limites de parcelles, et des murs de certaines dépendances agricoles.

Les murs des parties habitées sont renforcés par l’utilisation d’un mortier composé d’une charge et d’un liant. Cette technique permet de les consolider et de les rendre plus étanche au froid, à l’air, à l’humidité et aux insectes. La terre argileuse est le liant le moins coûteux. La recherche de matériaux modelables, souples et durcissables a conduit à l’utilisation dans nos régions du plâtre et de la chaux.

Le plâtre est obtenu par cuisson du gypse à basse température (120 degrés) ce qui ne nécessite pas la construction de fours fermés. Cette technique, facile à mettre en œuvre, est répandue dans toutes les zones de gypse, à savoir dans les régions situées selon un axe Nord-Sud, du Beaufortain au Briançonnais en passant par la moyenne Tarentaise, la Vallée des Belleville, et la moyenne Maurienne. Dans ces régions, les maisons sont recouvertes d’un enduit au plâtre très résistant, appelé ‹‹Grilla››, dont la très belle teinte rose est due à la présence d’oxyde de fer.

Le liant le plus utilisé est la chaux, obtenue par cuisson de roches calcaires dans des fours appelés localement ‹‹ raffours››, à une température d’environ 900 degrés. La chaux est un liant souple, perméable à la vapeur d’eau, ce qui permet une bonne ventilation et un meilleur assèchement des murs. D’abord chaux vive puis chaux éteinte , elle est utilisée aussi pour la désinfection des étables. Selon la pureté du calcaire utilisé, cette chaux peut être aérienne (elle ne durcit qu’au contact de l’air par carbonatation), soit hydraulique (elle durcit en présence d’eau). La chaux est le matériau le plus adapté pour la construction de murs en pierres. Elle est aussi abondamment utilisée pour la réalisation des enduits, et pour l’exécution de décors peints.

Si l’architecture rurale a surtout été construite avec ces pierres irrégulières, non façonnées et assemblées au mortier de chaux, elle a aussi profité du travail des tailleurs de pierres, notamment pour la réalisation des linteaux et piédroits des différentes baies et pour le renforcement des angles de la construction. Cette pratique est utilisée dans les régions où la nature des pierres les rend propices à la taille, à savoir les pays de grès (le plus souvent grès molassique), et de calcaire, ce qui, dans les Alpes, correspond surtout aux Préalpes.

Depuis 100 ans est apparu un nouveau matériau de construction, le ciment, dont l’emploi dans les maçonneries anciennes occasionne de nombreux désordres dus à sa trop grande dureté incompatible avec les déformations naturelles des assemblages en pierre, et à sa trop grande étanchéité qui emprisonne l’eau dans les murs.

* L’association du bois et de la pierre :

Il est exceptionnel qu’une construction ne soit composée que d’un seul matériau1. Tous les édifices de montagne tirent profit de l’emploi à la fois de la pierre pour les fondations et les niveaux inférieurs et du bois pour la grange et la charpente.

Quand la pierre est rare ou de mauvaise qualité, le bois domine (exemples de Haute-Savoie). Lorsque les forêts sont inexistantes, notamment en haute altitude, la pierre est plus utilisée (exemples de Haute-Maurienne). Lorsque les deux matériaux sont disponibles, les choix techniques s’adaptent à de multiples exigences fonctionnelles ou culturelles.

Les mélanges de matériaux de construction peuvent prendre des allures originales. Nous citerons deux particularités en Savoie, celui des chaînages en bois, et celui de la construction sur poteaux en bois dissociés de la maçonnerie.

Les chaînages en bois sont employés dans certaines vallées de la Vanoise, surtout en Haute-Maurienne. Dans ces régions, le climat particulièrement sec autorise l’incorporation de poutres horizontales dans les murs pour les renforcer, sans risque de pourrissement. Cette technique permet de consolider les murs lorsque la pierre est de mauvaise qualité, ou lorsqu’il n’est pas possible de rajouter un mortier de liaison, faute de chaux ou de terre. C’est le cas par exemple de plusieurs chalets d’alpage du vallon de Polset à Modane et de la Norma, où ces poutres en bois forment une véritable ceinture située à l’extérieur et à l’intérieur des murs, tous les 80 centimètres de hauteur. Ces poutres sont assemblées à mi-bois aux angles de la construction.

Une deuxième particularité peut être évoquée, mélangeant le bois et la pierre, celle utilisée près de Saint-Jean-de-Maurienne à Jarrier et à Montaimont, où le sol constitué de dépôts glaciaires instables glisse chaque année aux grosses pluies. Pour diminuer les risques de déformation des maisons, les toits reposent directement sur le sol par l’intermédiaire de grands poteaux verticaux en bois calés sur des pierres plates. Les murs de l’habitation sont construits en retrait de ces poteaux, le plus souvent en tuf et sur un seul niveau pour alléger la construction. Quand le terrain bouge, il est relativement facile de colmater les fissures dans les murs, ceux-ci n’étant pas chargés, et de recaler les poteaux à l’aide de crics ingénieux.

* Les maisons en terre :

La terre est aussi un matériau de construction utilisé en montagne. La technique la plus ancienne et la moins coûteuse est celle du torchis, mélange d’argile et de paille incorporé dans un réseau de branches tressées. Ce procédé a permis de construire de nombreuses habitations au Moyen Âge. Il s’est ensuite perfectionné dans les villes, par la réalisation de structures charpentées, à pans de bois ou à colombages, où le torchis, puis la brique constituaient les éléments de remplissages.

La technique du ‹‹pisé››, où les murs sont constitués d’un épais mélange de terre et de paille compacté dans des coffrages en bois appelés banches a été utilisé dans les plaines de la Bresse et du Bugey, et en Savoie (Val-Guiers, Albanais). Ces murs en terre crue doivent être protégés de l’humidité. Ils reposent sur un soubassement de pierres et sont abrités par de grandes dépassées du toit. Les façades des habitations sont le plus souvent couvertes d’un enduit à la chaux. Les maisons en terre, originales en Pays de Savoie, témoignent d’un mode de construction très répandu à travers le monde.

Une grande diversité de toitures :

Une grande diversité de ressources naturelles, un climat contrasté, et des influences culturelles multiples ont conduit la Savoie, à être l’une des rares régions d’Europe où l’on rencontre non seulement des toits de chaume, de bois ou de lauzes, mais aussi des toits couverts d’ardoise et de tuile.

* Les toitures en chaume :

L’archéologie nous permet d’entrevoir que les premières maisons ont été couvertes d’un matelas de branchages et de feuilles. Ce type de couverture s’est ensuite perfectionné, en utilisant notamment de la paille de roseau, puis de la paille de céréale (seigle ou blé). Le chaume, du latin calamus, la paille, devient alors le matériau le plus employé pour la couverture, d’autant plus que, résidu de l’activité agricole, il ne coûte rien.

En 1832, l’Inspecteur des Mines Despines recense dans son Essai sur le système de toiture le plus convenable aux constructions de la Savoie que près de la moitié des toits étaient alors recouverts de chaume. Il reconnaît tous les avantages de ce matériau, résidu de la récolte du seigle, aux excellentes propriétés isolantes, qui ne coûte rien, et qui est recyclable en litière. C’est, de plus, un matériau de couverture que les habitants peuvent fabriquer, poser et entretenir eux-mêmes.

Mais le chaume représente un risque d’incendie particulièrement redouté dans les villages où les granges regorgent de foin pendant l’hiver. Ce danger lié à la disparition de la culture du seigle explique la disparition de ce matériau en moins de cent ans.

On n’en reconnaît pas moins la physionomie caractéristique des toitures autrefois couvertes de chaume. Elles étaient très inclinées pour éviter la pénétration de l’eau sous la poussée du vent, et se présentaient le plus souvent avec des croupes ou des demies-croupes (appelées parfois ‹‹fausses croupes›› ou ‹‹pans coupés›› ou ‹‹allemandes››), formes enveloppantes continues et sans arêtes vives, que le chaume pouvait épouser à loisir de par sa souplesse, renforçant ainsi l’étanchéité du toit en évitant toute prise au vent. Cet aspect technique nous permet d’affirmer que la croupe ou demie-croupe, même couverte de tuiles écailles, telle qu’il en existe en Pays de Savoie, en Suisse, en Allemagne ou en Europe centrale est une forme rémanente issue des anciens toits de chaume. La toponymie nous renseigne aussi : les ‹‹Chavannes›› ou ‹‹Chavonnes›› désignaient des granges ou cabanes couvertes de chaume.

Dans les secteurs très ventés, les toitures en chaume sont protégées par des pignons à ‹‹redents›› (appelés parfois ‹‹sauts de moineaux››). Ceux-ci permettaient aussi de diminuer les risques de propagation d’incendie d’un toit à un autre en cas de mitoyenneté.

* Les toitures en bois :

Très utilisé autrefois dans le Nord de la Savoie, mais moins que le chaume, le bois est un matériau original de couverture.

Les tuiles de bois étaient fendues pendant l’hiver à partir de morceaux d’épicéa ou de mélèze, à l’aide d’un outil métallique appelé ‹‹départoir››, pour conserver le fil du bois et son imperméabilité. On obtient ainsi des planchettes de 15 à 20 centimètres de large dont la longueur, le nom et le mode de pose varient d’une région à une autre : Elles se nomment ‹‹tavaillons›› (de ‹‹tabulum›› tablette) dans les Bornes et les Aravis, ‹‹ancelles›› en Beaufortain, ‹‹Efenle›› en Chablais et Faucigny, ‹‹Écrâves›› dans la région d’Abondance, et ‹‹Essendoles›› en Chartreuse et dans les Hautes-Alpes.

Les petites tuiles de bois (tavaillons) étaient clouées et pouvaient couvrir ainsi des toits assez inclinés, voire même servir de bardage. Les grandes tuiles (‹‹ancelles››, ‹‹efenle››) étaient posées en de multiples couches qui se tenaient les unes les autres par frottement, sur des toits faiblement inclinés.

Le bois est aussi utilisé en ville. En 1608, le voyageur anglais Coryate note sur Chambéry : ‹‹J’observais dans cette ville une chose que je n’avais encore jamais vue : une grande partie des tuiles servant à couvrir les maisons et les églises sont en bois››.

* Les toitures en lauze :

La Savoie est aujourd’hui connue comme étant un pays de lauze. Pourtant ce type de couverture, bien que très emblématique, n’était présent que sur un cinquième du territoire, généralement en haute altitude, dans les régions où la présence de lauzières et l’absence de culture de seigle conduisait naturellement à employer ce matériau.

Les lauzes, grandes dalles irrégulières schisteuses ou cristallines proviennent des lauzières, carrières exploitées ou pierriers naturels situés en haute montagne. Elles étaient autrefois descendues sur des luges jusqu’aux habitations, et élevées sur les toits à la force des bras. Leur pose nécessitait de les retailler légèrement pour mieux les caler. Elles n’étaient que très exceptionnellement clouées. Les plus grandes et les plus lourdes étaient disposées sur les bords pour stabiliser l’ensemble.

Ces dispositions techniques expliquent la faible pente des versants de toiture sur lesquels la neige peut s’accumuler formant une masse imposante. Pour résister à ces charges, les charpentes comprenaient le plus souvent des troncs entiers d’épicéa ou de mélèze, parfois renforcés de nombreux étais et jambes de force. Toutes les lauzes n’ont pas les mêmes dimensions. Celles de Maurienne sont plus grandes, et plus irrégulières que celles de Tarentaise. Celles du Val-Gelon sont de petit format.

* Les toitures en ardoise :

Plusieurs ardoisières ont été exploitées depuis le Moyen Âge dans nos régions qui, de Morzine en Haute- Savoie aux sites de Maurienne et Tarentaise, appartiennent aux filons de schiste ardoisier des massifs centraux alpins.

L’ardoise a surtout été utilisée pour des bâtiments de prestige (châteaux, maisons bourgeoises, églises) car sa pose nécessite l’emploi de clous ou de crochets métalliques, rares et coûteux. Les progrès industriels du XIXe siècle ont permis de l’utiliser aussi pour couvrir certaines habitations rurales, en remplacement du chaume.

L’ardoise grise de Maurienne a été produite à Saint-Colomban des Villard et à Saint-Julien-Mont-Denis jusqu’à une époque très récente. Celle de Tarentaise, noire et brillante, était extraite à Cevins, au col de la Bâthie, à plus de 2000 m d’altitude jusqu’à la deuxième guerre mondiale. D’excellente qualité, elle a été utilisée pour couvrir des bâtiments de prestige en Savoie, Dauphiné, et France.

* Les toitures en terre cuite :

L’argile est surtout présente à l’ouest de la Savoie. Elle a été utilisée par les romains, sous forme de briques cuites pour l’édification de villas ou d’édifices plus importants (thermes). Cette pratique a disparu depuis, exception faite de son emploi pendant 25 ans à la fin du XIVe siècle pour l’édification de plusieurs monuments de Conflans.

Certaines toitures de nos régions sont couvertes de tuiles : la tuile ronde, caractéristique des pays du Sud, couvre des édifices du bord de l’Isère en aval de Montmélian et des maisons de pécheur des rives du lac Léman ; la tuile écaille, de forme arrondie, couvre les fermes de l’Avant-Pays savoyard, de l’Albanais et du Genevois, elle est similaire à celle utilisée dans les pays germaniques ; la tuile plate rectangulaire se rencontre en Chautagne et est semblable à celle de Bourgogne ; enfin, la tuile mécanique (profilée pour être assemblée par emboîtement) a été produite depuis le XIXe siècle par toutes les tuileries de nos régions.

* Les toitures aujourd’hui :

Le chaume a complètement disparu de nos montagnes. Le bois et la lauze se sont raréfiés. Tous ces matériaux ont surtout été remplacés par la tôle (plate, ondulée, ou ‹‹bacs-acier››), produit industriel bon marché. Le chaume, le bois, la lauze, autrefois seuls matériaux disponibles et bon marché, sont devenus aujourd’hui des matériaux de luxe, qui ne sont plus produits localement.

L’adaptation à la pente et aux avalanches :

En montagne, l’implantation des maisons, des villages et des parcelles attenantes ne doit rien au hasard. Elle est toujours conditionnée par l’inclinaison et l’orientation des versants. De celles-ci découlent l’ensoleillement, les précipitations, l’hydrographie, la végétation, et donc les conditions de survie dans le milieu montagnard.

Chaque jour, les habitants doivent s’adapter à la déclivité du terrain, monter, descendre inlassablement pour cultiver, faucher, entretenir les chemins, accompagner les bêtes, traire,… Ils construisent et entretiennent de nombreux murets de soutènement permettant de dégager quelques parcelles de culture en terrasse.

Ils fauchent des prairies de haute montagne, exploitent des forêts ou des carrières élevées, ce qui leur permet de descendre leur production, foin, bois, pierres, lauzes, sur des luges utilisant ainsi la déclivité à leur avantage.

Les maisons sont elles-mêmes intégrées dans la pente pour permettre une accessibilité directe aux différents étages. L’accès aux combles, pour stocker le foin, se fait ainsi depuis le terrain situé à l’amont. L’accès aux autres pièces (habitation, étable) se fait aussi de plain-pied, en partie inférieure, du côté aval.

La pente est aussi génératrice de risques naturels. Les chalets d’alpage, utilisés l’été, mais désertés l’hiver sont parfois construits en sites avalancheux. C’est la raison de l’adaptation de leur architecture. En Vanoise, ils sont blottis dans le terrain, avec peu de hauteur, et peu de largeur, offrant très peu de prise au passage de la neige. Ils sont en plus protégés de l’onde de choc par la construction d’amas en pierre en forme d’étraves appelées ‹‹tournes››. En Haute-Savoie, les chalets en bois sont chaque année consolidés par des étais et des haubans (cordes tendues ou filins d’acier).

La particularité des balcons :

Les balcons savoyards ont essentiellement une fonction de séchage : bouses en Haute-Maurienne, bois de chauffage, oignons, plantes médicinales, fascines,… Équipés de perches ils permettaient de sécher le foin lorsqu’il était encore humide. Ces balcons peuvent être très sommaires et ne comprendre que quelques planches suspendues sur la façade principale. Ils prennent alors le nom de ‹‹loge››. Ils permettent parfois d’accéder à des pièces d’habitation et deviennent de véritables ‹‹galeries›› avec garde-corps simples ou ouvragés. L’exposition au soleil leur fait donner aussi le nom de ‹‹solaret››.

L’organisation interne des maisons :

La maison et ses abords a dans les Alpes un rôle déterminant en tant qu’instrument de production permettant la survie de la famille, plus fortement même que les terres qui étaient le plus souvent des pâturages à usage collectif.

C’est dans la maison ou dans le chalet que l’on produisait le beurre et le fromage. C’est aussi là que l’on tuait le cochon entre Noël et jour de l’an permettant de fabriquer les jambons, saucisses et autres diots, indispensables à la subsistance. La production de céréales, de farines, de légumes et de miel complétait cette alimentation et pouvait être échangée contre des biens ou des services.

L’intérieur des maisons se répartissait en plusieurs espaces comprenant la grange, l’écurie-étable (érablo), l’oûtô (ou oûtâ), cuisine-salle à manger où l’on recevait les hôtes, et le pêle, pièce chaude où seule la famille se tenait et dormait. Ces espaces étaient parfois complétés de pièces annexes qui pouvaient servir de chambres pour d’autres membres de la famille, ou de logement d’été. Dans certains villages, l’habitation était dissociée du logement des animaux. l’écurie-étable formait alors avec la grange un bâtiment séparé.

Les chalets d’alpage faisaient partie du domaine familial. Ils étaient construits au plus près des prairies des différents étages montagnards pour permettre leur exploitation au rythme de la fonte des neiges. Ils constituaient des abris saisonniers destinés à protéger le troupeau qui occupait le plus grand volume du bâtiment, et la famille des exploitants dont la vie s’organisait dans et autour de la cuisine où l’on fabriquait le beurre et le fromage.

Un habitat adapté aux rigueurs de l’hiver :

Les conditions climatiques extrêmes expliquent certaines dispositions de l’habitat de montagne.

Le logement des hommes est le plus souvent situé en partie inférieure, sous l’épais matelas du foin destiné à l’alimentation des bêtes pendant l’hiver.

La plupart des maisons de montagne comprennent une ou plusieurs aires extérieures protégées par de larges avancées du toit. Celles-ci sont ainsi abritées des intempéries, notamment de la neige, et permettent, outre quelques activités manuelles extérieures, la desserte des différentes pièces de la maison. Ces espaces extérieurs appelés ‹‹cortna›› en Chablais et Faucigny prennent des formes différentes selon le type de la maison. En Tarentaise et dans le Val d’Aoste, l’importante avancée de toiture repose sur de magnifiques colonnes en pierre.

Ces aires extérieures sont souvent complétées par des vestibules intérieurs formant sas thermique, permettant l’accès aux différentes pièces. Ces couloirs prennent le nom de ‹‹pouerche›› ou ‹‹puerche›› en Haute-Savoie. En Haute-Maurienne, le ‹‹poër›› désigne un vestibule voûté avec un système élaboré de rampes de desserte des différents étages de la maison, notamment l’étable en partie inférieure, l’habitation au rez-de-chaussée, et la grange en partie haute. Dans les Hautes-Alpes, ce couloir d’accès formant sas prend parfois le nom de ‹‹court››.

La différenciation des logements d’hiver et d’été est une autre caractéristique de l’habitat montagnard. Le logement d’hiver est toujours réalisé dans la partie basse des maisons, parfois à demi-enterré, pour profiter de l’inertie thermique du sol qui reste à une température plus douce que l’air. Pour gagner encore plus de chaleur, ce logement regroupe dans la même pièce, le temps de la mauvaise saison, toutes les personnes de la famille, et toutes les fonctions de l’habitation que sont la préparation des repas, la salle de vie commune et le couchage. Les lits sont réalisés en bois, fermés par des panneaux coulissants ou des rideaux.

La cohabitation avec les bêtes :

Dans certains villages de montagne il y a cohabitation dans la même pièce des hommes et des bêtes pendant l’hiver. Tout le monde vit alors dans l’étable, appelée ‹‹érablo››. Cette particularité permet de profiter de la chaleur dégagée par les animaux. Cette vie commune resserre le lien entre la famille et le troupeau. On la rencontre dans les habitations permanentes des hautes vallées, en général dans les régions dépourvues de bois de chauffage par exemple en Haute-Maurienne, en Haute-Tarentaise, en Briançonnais, en Haut-Faucigny.

Le manque de bois pousse aussi les habitants à utiliser d’autres modes de chauffage, comme les excréments de mouton façonnés et séchés, et utilisés comme combustible pendant l’hiver. Ces blocs, appelées ‹‹grebons›› en Haute-Maurienne sont séchés et stockés sur les galeries extérieures et participent aujourd’hui à l’identité et au pittoresque de ces maisons.

Les greniers :

Les greniers sont des petites constructions annexes plus ou moins éloignées de l’habitation qui servaient à stocker divers moyens de subsistance à l’abri des risques d’incendie que pouvait encourir chaque maison d’un village. Ils contenaient du grain (blé, orge ou seigle), de la viande fumée, des costumes, des vêtements, des papiers importants. Ils étaient parfois construits sur une cave pouvant abriter des fruits, des légumes, du vin, parfois du cidre. La richesse de leur contenu explique qu’en Maurienne, ils étaient appelés ‹‹trésors››.

Les greniers existent dans toutes les régions de montagne où le bois a été un matériau prédominant de construction. Dans les Alpes du Nord on les observe donc essentiellement en Haute-Savoie, en Beaufortain, en Chartreuse, en Basse-Tarentaise, dans l’Arvan-Villard et dans les vallées adjacentes de la Basse-Maurienne. On ne rencontre pas de grenier quand l’architecture est en pierre sauf dans les régions où ils témoignent d’un ancien mode de construction en bois.

Les greniers peuvent prendre de multiples formes, ‹‹raccards›› Valaisans isolés du sol par des pierres plates pour les protéger des rongeurs, ou greniers simples à une seule pièce (Maurienne, Basse-Tarentaise Chartreuse), ou greniers à étage (Chablais, Faucigny), ou parfois greniers doubles côte à côte (Beaufortain).

L’eau :

Le bassin, appelé localement ‹‹bachal››, était un élément fondamental de la vie dans les villages. C’était le principal lieu d’approvisionnement en eau (l’eau courante n’existe dans les habitations que depuis cinquante ans). Tronc d’arbre évidé, ou belle fontaine en pierre, ce bassin permettait d’abreuver hommes et bêtes et servait de réserve en eau contre l’incendie. La lessive était faite dans les lavoirs, situés à l’aval du réseau d’eau et pourvus de plans inclinés pour faciliter le brossage et l’essorage du linge.

Le four à pain :

Le four à pain était un bâtiment d’usage essentiellement communautaire. Les fours privés étaient rares car trop consommateurs de bois en regard du nombre de pains à cuire. Il valait mieux rentabiliser l’énergie et le temps de mise en chauffe pour cuire les pains de plusieurs familles. Les fours étaient donc gérés collectivement, à tour de rôle. La dénomination  » four banal  » vient des  » banalités « , redevances autrefois versées par les habitants aux seigneurs pour obtenir le droit d’utiliser le four.

Les foyers des fours de nos montagnes sont construits en brique (terre cuite) ou en pierre (molasse). De petits bâtiments les abritent, ouverts sur l’extérieur lorsque le climat le permet, mais le plus souvent fermés et protégés des intempéries.

Les églises et les chapelles :

Une présentation de l’habitat montagnard serait très incomplète si l’on n’évoquait pas la présence dans les villages, des églises, des chapelles, des croix et des oratoires. Tous ces édifices témoignent de la ferveur religieuse des habitants. Chaque paroisse a son église et son clocher, et chaque hameau, son Saint protecteur et sa chapelle.

Ces édifices répondent à une double fonction, la prière, et la protection des habitants contre les risques de toute nature du fait du caractère sacré du lieu.

Les églises et leurs clochers sont les édifices les plus imposants des villages. Peu d’entre-eux nous sont parvenus intacts depuis le Moyen Âge. Dans les hautes vallées, la plupart ont été transformés ou reconstruits à la période baroque, aux XVIIe et XVIIIe siècle selon les recommandations de la contre réforme catholique. Dans les plaines, les églises ont été le plus souvent reconstruites à la fin du XIXe siècle.

Les chapelles sont dispersées dans la montagne, pour marquer des lieux où la protection divine était particulièrement recherchée, par exemple en bordure des couloirs d’avalanches (chapelles Notre Dame des Neiges) ou à proximité des précipices.

Des mutations profondes dès le XIXe siècle :

Les progrès de la science liés au développement industriel et à la production d’énergie, vont bouleverser l’économie et les modes de vie dans le monde entier. En montagne ces évolutions vont se concrétiser sous diverses formes.

Les travaux d’endiguement des rivières sont engagés dès la première moitié du XIXe siècle par les souverains du royaume de Piémont-Sardaigne, qui contrôlent une grande partie des Alpes occidentales. En 1824, le roi Charles Félix se déplace en personne sous le rocher de Conflans (futur Albertville) pour poser la ‹‹Pierre du Roy››, première pierre de l’endiguement de l’Arly et de l’Isère.

Les voies de communication vont s’implanter sur les terres nouvellement libérées de l’emprise de l’eau, entraînant une descente de l’activité économique des versants vers les fonds des vallées. L’édification de ponts, et le percement de tunnels (Fréjus en 1871), vont accélérer ces transformations.

Les vallées de montagne, desservies depuis peu par le train, alimentées naturellement en énergie par les chutes d’eau, deviennent des lieux privilégiés pour l’implantation d’industries dévoreuses d’électricité. C’est ainsi que s’établissent en cet endroit les usines électrochimiques et électrométallurgiques qui produisent de l’aluminium, de l’acier, du chlore, du sodium, du carbure de calcium, …, et leurs dérivés.

Cette industrialisation se traduit par une transformation profonde des modes de vie, où les habitants des villages, vivant autrefois de l’agriculture, deviennent des ouvriers paysans. Les villages subissent un abandon progressif des espaces agricoles et un exode rural, au profit des villes qui se développent dans les fonds de vallées.

Le XXe siècle, confort et civilisation des loisirs, de nouvelles façons de construire en montagne :

Au XXe siècle, les mutations de l’habitat de montagne s’accélèrent. L’avènement de l’électricité bouleverse les paysages (lacs et barrages, conduites forcées, centrales, lignes électriques), ainsi que nos façons de vivre et d’habiter (lumière électrique, chauffage, appareils électroménagers, télévision, électronique, informatique).

La première moitié du siècle a été l’occasion d’expérimenter le béton armé, nouveau matériau qui permet de couvrir de grands espaces, d’ouvrir de larges fenêtres, d’être moulé selon des formes originales. De cette période datent par exemple les ‹‹chalets›› construits par Henri-Jacques Le Même près de Megève, et notamment sa maison réalisée en 1929.

La deuxième moitié du XXe siècle est placée sous l’influence de plusieurs courants.

Le début de l’époque des ‹‹trente glorieuses›› est placé sous le signe de la construction de logements en grande quantité pour combler les destructions de la guerre et répondre à une expansion démographique sans précédent à l’échelle de l’histoire. C’est la période des tours et des barres. L’habitat en montagne, est lui-même touché par ces bouleversements. L’architecture est conçue de manière quasi industrielle (portes et fenêtres préfabriquées, logements sur plans types reproduits et superposés sur plusieurs étages). Le béton autorise cette préfabrication.

L’avènement de la civilisation des loisirs marquera un deuxième courant portant un regard nouveau sur la montagne, espace naturel préservé, lieu de ressourcement et d’air pur. L’architecture du tourisme doit à la fois répondre à des contraintes économiques et satisfaire aux nouvelles valeurs investies par la société en ce lieu. C’est d’abord l’avènement de ‹‹l’or blanc››, puis celui d’une approche montagnarde plus diversifiée. Tout est à inventer et à construire, des lieux d’hébergement pour les touristes, comme des chalets, mais aussi des hôtels, des pensions, des commerces, des équipements sportifs, des remontées mécaniques, des infrastructures routières.

De nouveaux espaces montagnards sont urbanisés à l’écart des villages, sur les versants envers où la neige dure longtemps, pour rapprocher les habitations des pistes de ski. Ainsi, l’expérience de Courchevel, menée au sortir de la guerre par Laurent Chappis et Denys Pradelle est la première station créée de toutes pièces en site vierge. Cela se traduit par des recherches architecturales innovantes, pour répondre à des besoins et à des modes de vie nouveaux. Ainsi sont conçus les célèbres chalets sur pilotis avec baies vitrées et toitures à un seul versant, dont la forme permettait notamment de capter au mieux la lumière du soleil .

D’autres recherches ont conduit à mettre au point des toitures terrasses et des toitures à pentes inversées (‹‹toitures papillon››) permettant de retenir la neige sans risque de déversement dans les rues avoisinantes. Ces nouvelles formes ont fortement marqué l’architecture contemporaine en montagne de la fin du XXe siècle.

L’évolution des goûts conduit actuellement à un retour vers les formes du passé… cette évolution, souvent folklorisante n’est pas forcément aisée, les usages anciens et les matériaux locaux ayant souvent disparu.

L’agriculture connaît aussi une révolution. La mécanisation et les bouleversements économiques conduisent à une raréfaction des exploitations et à une augmentation de leur taille. L’architecture agricole se transforme en outil de travail performant et fonctionnel sous le trait de bâtiments de type industriel.

 

 

9 Comments

  • Aurélie Répondre

    Dans la partie colonisation du milieu montagnard par l’homme, il faut connaître la définition d’une aire de chasse. Est-ce une réserve de chasse et de faune sauvage ?

    • admin Répondre

      Bonjour Aurélie,

      oui, ici, dans la rubrique « colonisation du milieu montagnard par l’homme », il s’agit bien des territoires de chasse de l’homme. IL n’y a pas que les réserves de chasse, il y a aussi les AICA et ACCA.
      Voici quelques liens intéressants pour le sujet.

      http://www.conservation-nature.fr/article3.php?id=121
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Réserve_de_chasse
      http://www.developpement-durable.gouv.fr/Le-territoire-de-chasse.html

      Bonne préparation!

      • Aurélie Répondre

        Merci beaucoup, ton site est une mine d’info qui m’aide bien à préparer mes fiches 😉

      • MARCHAU Pierre-Côme Répondre

        Du coup la réserve de chasse est mise en place sous demande d’un détenteur de droit de chasse (association de chasseurs…), la chasse y est donc interdite sauf arrêté préfectoral pour le maintient de l’équilibre de l’écosystème. Est ce que j’ai bien compris?

        • admin Répondre

          Bonjour, oui c’est cela.

          • MARCHAU Pierre-Côme Répondre

            D’acc merci, félicitation ton site est super. J’ai du mal à trouver des gens pour venir marcher avec moi, serait-il possible de créer un forum de discussion sur ton site pour trouver des gens qui préparent l’AMM avec qui marcher?

            • admin Répondre

              Tu es dans quel coin?

            • admin Répondre

              Bonjour Pierre, c’est en effet une bonne idée de créer un forum pour que les candidats puissent échanger ou se rencontrer pour randonner. Je viens de créer une page « Forums » avec un premier sujet « Cherche compagnon de randonnée ». Tu peux l’inaugurer en postant ton message..
              Bonne journée

  • Aurélie Répondre

    Merci beaucoup, ton site est une mine d’info qui m’aide bien à préparer mes fiches 😉

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